Évaluations 84
Groupe départemental du Vaucluse
 

L’état de l’école

D’importants progrès jusqu’au milieu des années 1990...

Durant trois décennies, notre système éducatif a connu un profond développement quantitatif lié à l’essor de la scolarisation en maternelle, la généralisation de l’accès à l’enseignement secondaire au cours des années 1960 et 1970, et l’afflux massif des collégiens dans les seconds cycles à partir du milieu des années 1980, à destination d’un baccalauréat général, technologique ou professionnel, puis de l’enseignement supérieur.
Le parcours d’une génération actuellement engagée dans notre système éducatif, ou qui vient de le quitter, peut être résumé comme suit :
presque tous les jeunes parviennent aujourd’hui au terme du collège et 72 % accèdent au niveau du baccalauréat (indicateur 24) ;
64 % deviennent bacheliers (indicateur 27) ;
la moitié des jeunes accèdent à l’enseignement supérieur et environ 40 % y obtiennent un diplôme (indicateur 09).
L’École a ainsi permis aux jeunes générations d’atteindre des niveaux de formation nettement plus élevés que leurs aînées. L’objectif annoncé au milieu des années 1980 d’amener 80 % d’une génération en classe terminale, au niveau du baccalauréat, s’il n’a pas été atteint, a cependant conduit à une élévation spectaculaire de ce taux d’accès au terme de l’enseignement secondaire, de plus de 30 points en l’espace d’une décennie. Quand on compare les proportions de diplômés parmi les jeunes générations et les plus anciennes, il apparaît que la France a largement rattrapé son retard sur les autres pays développés (indicateur 09).
6 I 7 l’état de l’École n° 19 [édition 2009]
Cette progression de la scolarisation s’est incontestablement accompagnée d’une démocratisation de notre système éducatif. L’enseignement secondaire, les collèges d’abord puis les lycées, s’est progressivement ouvert à tous. Parmi les générations de jeunes nés au début des années 1980, la moitié des enfants d’ouvriers deviennent bacheliers, et sont souvent les premiers à l’être dans leur famille : ils étaient à peine 10 % dans ce cas dans les générations des années cinquante (indicateur 11).

... suivis d’une période de relative stagnation

Depuis plus de dix ans – le milieu des années 1990 –, les progrès de la scolarisation marquent le pas. Le mouvement d’allongement continu des études a cessé. La durée totale de scolarisation, de la maternelle jusqu’à la fin des études supérieures, se stabilise aux environs de 19 années (indicateur 04) et la quasi-totalité des générations parvient aujourd’hui au terme du collège. Après avoir manifesté un engouement prononcé à la fin des années 1980 pour l’enseignement général, les collégiens se tournent davantage vers les formations professionnelles, notamment agricoles et sous statut d’apprenti (indicateur 22). L’accès d’une génération au niveau du baccalauréat reste au voisinage de 70 %, dont 6 % dans des formations extérieures à l’Éducation nationale (indicateur 24). Parmi les jeunes bacheliers, dont la part dans une génération ne varie plus qu’en fonction des taux de succès à l’examen, à peine plus de la moitié sont lauréats des séries générales. Leur poids relatif tend à diminuer au profit des bacheliers professionnels qui accèdent moins souvent à l’enseignement supérieur et y connaissent un taux d’échec important.
Les progrès accomplis sont nécessaires pour répondre aux défis des transformations économiques de nos sociétés. Lors du sommet de Lisbonne en mars 2000, les pays européens se sont donné des objectifs, notamment celui de réduire le nombre de personnes peu qualifiées, « menacées d’exclusion économique et sociale ». La commission européenne a fait le constat que « beaucoup trop de jeunes quittent l’école sans avoir acquis les compétences nécessaires pour participer à la société de la connaissance et intégrer facilement le marché de l’emploi ».
La France n’est pas épargnée par cette forme d’échec scolaire, pour laquelle plusieurs approches et mesures sont possibles (indicateur 10). Près de 6 % des jeunes sortent de formation initiale sans qualification, au sens de la classifi- cation française datant des années soixante, c’est-à-dire sans avoir atteint l’année terminale d’un CAP ou BEP, ou sans avoir été admis dans un lycée d’enseignement général et technologique. Ils font partie des 17 % de jeunes, environ 130 000 par génération, qui achèvent leurs études secondaires sans diplôme (CAP, BEP ou baccalauréat). Enfin, référence de la commission européenne, l’indicateur dit de « sorties précoces » est la proportion de jeunes âgés de 18 à 24 ans qui n’ont ni terminé avec succès un enseignement secondaire de second cycle, ni suivi d’études ou de formation au cours du mois précédent. Il s’établit à 12 % pour la France en 2008, avec un objectif européen fixé à 10 % pour 2010.

Des difficultés et inégalités persistantes dans la maîtrise des compétences de base...

Les progrès de la scolarisation n’ont également pas fait disparaître les inégalités d’acquis et de réussite scolaires, pour lesquelles on dispose maintenant d’un système régulier, national et international, d’observation et d’évaluation des élèves.
Les évaluations-bilans menées depuis 2003 en fin d’école et de collège confirment chaque année l’ampleur des disparités de performances entre élèves : pour la compréhension écrite et orale en 2003, les langues étrangères en 2004, l’histoire-géographie en 2006, les sciences expérimentales en 2007 et les mathématiques en 2008. Pour s’assurer de la maîtrise par les élèves d’un « socle commun de connaissances et de compétences », un dispositif annuel a été mis en place à compter de 2007 en fin d’école et de collège (indicateur 16). Selon le niveau scolaire et la discipline – français ou mathématiques – la proportion de jeunes maîtrisant ces compétences de base varie de 80 % à 90 %. Mais elle est nettement moindre dans les établissements qui relèvent de l’éducation prioritaire, et notamment ceux des « réseaux ambition réussite » qui accueillent une population scolaire fragile ou défavorisée : l’écart, d’environ 15 à 20 points en fin de CM2, atteint 30 points en fin de troisième (indicateur 05).
Ces constats préoccupants sont confirmés auprès des jeunes de 17 ans, dont près de 12 % manifestent en 2008 des difficultés de compréhension en lecture, lors de la journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), difficultés particulièrement graves pour 5 % des jeunes (indicateur 08).
L’enquête internationale PISA a par ailleurs signalé que, contrairement à l’un des objectifs de Lisbonne (indicateur 15), la proportion d’élèves ou de jeunes en difficulté de lecture n’a pas tendance à diminuer, et qu’elle a pu même augmenter ces dernières années. Ainsi, la proportion de jeunes français de 15 ans considérés comme de « médiocres lecteurs » s’est accrue de 2000 à 2006, passant de 15,2 à 21,8 %. Et la proportion de « très mauvais lecteurs » a même doublé, de 4,2 à 8,5 % (contre respectivement 6,0 et 7,4 % pour la moyenne des pays de l’OCDE).

... qui apparaissent souvent très tôt...

Les difficultés scolaires manifestées en fin d’école ou de collège sont souvent apparues dès les premières années de scolarité : souvent sanctionnées par un redoublement, elles sont rarement surmontées et pèsent lourdement sur les parcours scolaires ultérieurs. Les élèves en retard, anciens redoublants, sont proportionnellement moins nombreux que les autres à maîtriser, en CM2 ou en troisième, les compétences de base : l’écart, d’environ 20 points en mathématiques en 2009, dépasse 25 points en français (indicateur 16), ce qui soulève évidemment la question de l’efficacité du redoublement et incite à développer la détection la plus précoce possible des difficultés scolaires (par exemple lors des nouvelles évaluations mise en place au CE1).
Les acquis et parcours scolaires varient aussi selon l’origine sociale. Lors des évaluations nationales, les enfants de cadres obtiennent des scores moyens systématiquement supérieurs à ceux des enfants d’ouvriers. Et s’ils éprouvent des difficultés au cours de leur scolarité primaire, les enfants de milieux sociaux favorisés parviennent plus souvent à « redresser la situation » que les enfants d’ouvriers, plus souvent confrontés à ces difficultés précoces.

... et qui restent lourdes de conséquences sur les parcours scolaire et professionnel

Les données issues des opérations nationales d’évaluation, comme des suivis réguliers des élèves (panels 1989 et 1995) montrent le poids déterminant des résultats scolaires sur l’orientation des élèves et leurs chances de réussite ultérieure.
8 I 9 l’état de l’École n° 19 [édition 2009]
En fin de collège, les évaluations-bilans confirment depuis plusieurs années que les élèves qui demandent (et obtiennent) un passage en seconde générale sont bien mieux classés que les autres sur les échelles de compétences (indicateur 25).
Ces orientations scolaires comportent à nouveau une dimension sociale forte. Les enfants de milieux sociaux favorisés tirent un profit particulier de leurs meilleurs acquis par des choix de filières bien ciblés, pour suivre les parcours les plus favorables à la réussite sociale et professionnelle future. Dans les lycées et au baccalauréat, ils privilégient ainsi les voies générales de formation et leur surreprésentation apparaît maximale en série S, alors que les enfants d’ouvriers s’orientent bien plus souvent vers les filières technologiques et professionnelles. Si les enfants de cadres deviennent plus souvent bacheliers, avec de meilleurs taux de réussite (indicateur 27), les enfants d’ouvriers sont en revanche bien plus nombreux, parmi les jeunes de 20 à 24 ans, à avoir quitté l’école sans diplôme ou avec le seul diplôme national du brevet (indicateur 11).
Les parcours et la réussite scolaires des filles se distinguent aussi de ceux des garçons, mais les différences sont ici d’une autre nature. Profitant de leurs meilleurs acquis en français (indicateur 16), les filles sortent de formation initiale plus diplômées que les garçons (indicateur 14). Majoritaires parmi les bacheliers et les étudiants, elles continuent cependant de privilégier les voies littéraires et tertiaires, en laissant aux garçons une prédominance dans les filières scientifiques et industrielles, qui se révèlent plus rentables et sélectives.
Notre système de formation doit se préoccuper très tôt des élèves en difficulté, qui seront souvent les plus faiblement qualifiés, et dont les conditions d’accès à un premier emploi seront particulièrement précaires. Un traitement systéma- tique de l’échec scolaire est ainsi prévu dès le primaire, grâce aux deux heures hebdomadaires consacrées au soutien des élèves en difficulté, et aux stages gratuits de remise à niveau désormais proposés durant les vacances scolaires aux élèves de CM1 et CM2.
Il s’agit aussi pour l’École de mieux aider les élèves à choisir leur avenir, de les informer et les conduire vers des formations qui répondent à leurs souhaits et leurs aptitudes, tout en leur donnant de vraies chances d’insertion professionnelle. Cela concerne d’abord les jeunes quittant l’école sans diplôme : ils sont de moins en moins nombreux mais se trouvent être, depuis la fin des années 1970, les plus durement touchés par la montée du chômage. Dans les premières années qui suivent la fin de leurs études, leur taux de chômage peut dépasser 40 % (indicateurs 12, 27) ; et leur situation risque de devenir particulièrement préoccupante dans la conjoncture actuelle. Ces questions n’épargnent pas les étudiants, dont « l’état de l’enseignement supérieur et de la recherche » présente les parcours, la réussite et le devenir professionnel, comme « l’état de l’École » le fait pour les élèves.

(extrait de l’état de l’école n°20 de nov 2010)

Groupe départemental du Vaucluse Évaluations 84 – Responsable de publication : M. FERRIER, AVIGNON 1
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